Traitement des boues. Clapage de fin?
À la veille du comité de suivi des dragages, Norbert Métairie a présenté, hier, son alternative au rejet total des boues au large de Groix. Les sédiments pollués sécheront sur Lanester.
Une heure d'explications. Norbert Métairie n'a pas fermé son clapage hier après-midi. Il l'a diminué. Optant, comme il l'a déjà laissé entendre en conseil municipal ou lors d'une réunion publique au palais des congrès, pour une solution «plus respectueuse de l'environnement et économique»: les sédiments pollués dragués en rade de Lorient iront donc à terre (lire ci-dessous), ceux non pollués en mer. Une nouveauté qui sera soumise aujourd'hui au comité de suivi des dragages, en présence du sous-préfet.
Pour une approche globale
Une avancée «considérable», selon le président de Cap l'Orient qui estime que les sédiments pollués, c'est-à-dire au-dessus de la norme N1, représenteront près de 25.000m³ par an. Moitié moins que la quantité de boues qui sera clapée près de Groix. «Tout cela reste à affiner mais c'est une démarche sans commune mesure avec ce qui se passait auparavant. Je souhaite une approche globale sur la rade avec l'ensemble des maîtres d'ouvrage. Il faut une politique planifiée dans le temps». Depuis 1997, une solution unique existait dans le paysage lorientais pour se défaire de ces boues envahissantes: un clapage au large de Groix, en zone Natura 2000, sur un site destiné à recevoir 200.000m³ de sédiments par an. «Sauf que la moyenne annuelle était de 80.000, bien moins que ce qui était autorisé». La fronde des défenseurs de l'environnement a permis d'obtenir des analyses poussées. Qui ont conclu à la toxicité de certaines boues, notamment au niveau de la BSM (près de 40.000m³ pollués), de l'avant-port (40.000m³ pollués) ou encore du port de pêche (30.000m³).
«Sans dragage pas de port»
Aujourd'hui, près de 90 analyses sont effectuées, avec films et suivis biologiques annuels. «Tout cela n'a jamais été aussi suivi que maintenant. Et le paradoxe, c'est qu'il n'a jamais soulevé autant d'inquiétudes. Le clapage n'a pas à être remis en cause dès lors que les analyses sont bonnes», tonne l'édile qui rappelle l'urgence de la situation. «Sans dragage, pas de port et ses 14.000 emplois directs ou indirects. Les usagers sont de plus en plus embêtés. Dès qu'un coefficient dépasse le 70, les bateaux touchent le fond. La Volvo Race ne pèse pas du tout dans l'urgence de la situation. Je pense à l'avant-port, à DCNS, au port de pêche...».
1,2million de m³ à draguer
Dans son «processus vertueux», le maire table sur un nouveau rythme. «Moins de dragages mais plus souvent» résume-t-il. Selon les estimations de ses services, il y a près de 1,2million de m³ de boues à draguer sur toute la rade. «Il faudra près de cinq ans pour y arriver, après ce sera du dragage d'entretien». Comme pour prendre les devants sur les réactions à venir, Norbert Métairie se montre très clair. «On ne peut pas imaginer mettre à terre des sédiments non pollués. Arrêter tout système de clapage peut être une aberration écologique, les sédiments remis viennent de la mer. Il faut bien regarder si cela perturbe la zone concernée». Il n'exclut cependant pas d'autres zones de clapage, sur des sites plus éloignés. «Mais les procédures sont longues et il faut l'avis des pêcheurs».
A terre, un site de stockage à la petite base du Scorff
La carrière des Kaolins à Ploemeur, les bords du Blavet à Hennebont, un site de traitement à Gueltas ou le K3 de la BSM... De nombreuses solutions ont été envisagées à terre pour accueillir les sédiments pollués. Finalement, Cap l'Orient a opté pour un site très proche, celui de la petite base du Scorff, près du pont Gueydon, à Lanester. Ce terrain de 15.000m² jouxtant DCNS pourrait, après aménagements, recevoir, à partir de 2014, jusqu'à 25.000m³ de sédiments pollués par an. Soit un tiers des quantités draguées en rade de Lorient. Les boues y seraient séchées, triées pour être utilisées, par exemple, comme remblais puisqu'il n'existe pas de revalorisation industrielle. Il reste cependant à trouver un site de stockage. L'agglomération, en collaboration avec la société Extract-Écoterres, a répondu en novembre dernier à un appel à manifestation d'intérêt lancé par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. Ce qui permettrait de bénéficier d'un projet expérimental sur 4.000m³ de sédiments. Utile pour financer une partie du projet. La réponse devrait tomber au printemps. Mais même en cas de réponse négative, le projet ne serait pas abandonné. Juste retardé par des autorisations assez longues à obtenir.
Clapage : rapport contradictoire aux yeux du collectif
Le collectif «Océan Propre au pays de Lorient» s'est réuni hier pour commenter le rapport du commissaire-enquêteur sur le traitement des boues. «Nous ne sommes pas opposés au dragage, qui est nécessaire, mais au clapage en mer», tient à rappeler, en préambule, le porte-parole, Gwenaël Le Gras.
«Pourquoi jusqu'en 2019?»
«Le rapport du commissaire nous apparaît contradictoire. D'un côté, le commissaire soulève les mêmes problématiques que nous, et nous en sommes satisfaits. Mais il conclut avec un avis d'autorisation à DCNS de 7 ans de dragage et clapage en mer entre Groix et la côte (DCNS réclame 10 ans). Or, le commissaire rappelle: "la directive-cadre sur l'eau va conduire à contrôler plus régulièrement et imposera un bon état physico-chimique et écologique pour 2015...". Alors pourquoi autoriser le clapage jusqu'en 2019?», s'étonne le collectif.
«Natura 2000: éloigner la
zone des côtes»
«Le choix du site Natura 2000 retenu en zone de clapage revêt un caractère paradoxal... conditionné par des considérations d'ordre pratique. L'immersion des sédiments non pollués, en l'absence de solutions alternatives, demeure une solution crédible», explique le commissaire. Mais il ajoute: «Afin d'éviter un retour partiel vers les zones estuaires, et pour garantir la qualité des eaux de baignade, il sera indispensable à moyen terme de privilégier l'éloignement du site d'immersion par rapport aux zones côtières», pointe le collectif.
«Prolifération accrue des algues vertes»
«Concernant les sédiments: la présence d'azote et de phosphates n'est pas négligeable et conduira naturellement à une prolifération accrue des algues vertes au niveau de la zone estuarienne», prévient le rapport. Qui ajoute: «A court terme, il faudra définir précisément l'aire géographique de vie de l'éponge carnivore, car elle bénéficie au titre des espèces en danger de la protection édictée par la convention de Berne». «Une autorisation de 4 ans, on pourrait admettre, mais pas 10ans, c'est incohérent. Nous attendons une rencontre avec Norbert Métairie dans le but de mettre en place une gouvernance globale pour tous les ports. Nous devions avoir deux réunions du comité de suivi par an. L'an dernier, zéro; demain (aujourd'hui), il se réunira enfin», concluent les membres du collectif.
Un système de pulsion d'eau expérimenté
En plus des boues du port de Lorient, il existe celles de la DCNS présentes dans le Scorff. Les boues non toxiques sont actuellement clapées au large de Groix. L'entreprise essaye de gommer son image d'activité polluante en luttant contre la sédimentation. La DCNS expérimente d'ailleurs un système pour pulser l'eau des bassins. Les premiers résultats devraient être connus dès le mois prochain. La demande de dragage des boues faite par la DCNS avait reçu un avis favorable de la part du conseil municipal de Ploemeur en novembre dernier. Trois restrictions y sont associées: la réalisation d'un bilan intermédiaire, le balisage de la zone de clapage et le contrôle par l'État de l'emplacement des stocks de munitions. La décision finale sera traitée début février, lors d'une réunion officielle et annoncée sous forme d'arrêté préfectoral au cours du mois. Le collectif anti-boues a approuvé les recherches et les mesures prises par DCNS.
Plan de Cap l'Orient : «Peut mieux faire !»
Invité à commenter les grandes lignes du plan présenté hier par Norbert Métairie, Gwenaël Le Gras s'est fendu d'un «peut mieux faire! C'est le minimum syndical. En gros, ils vont traiter à terre ce que la loi les oblige à traiter, et il y aura toujours une accumulation conséquente de sédiments au large de Groix, même s'ils sont classés comme propres. On avait senti chez Norbert Métairie une volonté d'avancer, quand il avait suspendu le dragage à la Cité de la voile. Maintenant, il ne faut pas se contenter d'un pas de tortue, comme ça semble être le cas avec ce plan, mais s'y mettre rapidement. Car il y en a ras le pompon de voir la mer servir de dépotoir».
1 réaction
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ceph...
quelle sera la voie d'accès à la petite base du Scorff ?
25 000 M3/an ça en fait des camions ! ! !
Ajouté le 19 janvier 2012 à 09h45
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16 mai 2012 à 10h04 - 1 réaction(s)
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